Publié en Janvier 2004
Interview retranscrite par
Ant
merci à lui :)
A quelques heures du show, comment te sens-tu ?
Ginger Fish : Plutôt bien.Je ne devrais pas dire cela pour les lecteurs
de Rimshot, mais jouer en concert, c'est un peu la routine pour moi,
dans le sens où je n'ai aucune appréhension.J'ai fait des concerts
de rock toute ma vie.Il m'est arrivé tellement de choses sur scène,
que je suis rôdé.Je me suis blessé un nombre de fois hallucinant.
Comme lorsque tu t'es cassé la clavicule il y a deux ans ?
GF : Ah oui, cette fois-là ! Il faut dire qu'à la fin du show, Manson
détruit généralement ma batterie.C'est une cérémonie à laquelle
il tient.Une fois, il s'est un peu trop excité et la barrière de sécurité
a cédé.Du coup, je suis tombé de la scène, une chute de plusieurs
mètres.Je me suis cassé la clavicule, et direction les urgences.
Cela dit, j'aurais pu me faire cela mille fois en moto ou en
skateboard, alors !
Tu es un vrai casse-cou !
GF : Oui, j'aime faire tout ce qui est dangereux à vrai dire.J'ai deux
motos de cross en tournée, ainsi que quelques obstacles que je
peux installer dès que je m'ennuie.Je prends une moto, et je vais
me balader.Elles sont rangées dans un gros flight dans le bus.
J'ai aussi mes skateboards.Je fais également de la musique
(il se lève et sort son Mac Powerbook).Je compose aussi des
trucs avec le logiciel Reason, que je trouve passionnant.Je fais
tout pour ne jamais m'ennuyer en tournée.Cela m'évite de faire
des bêtises.
Etais-tu prédisposé à devenir musicien ?
GF : Oui, je suis le fils d'un chanteur et d'une danseuse.Je suis
né dans un environnement musical, et aussi loin que je me
souvienne, j'ai toujours tapé sur tout ce qui me tombait sous la
main.Aussi, très tôt, mes parents m'ont offert un kit.Dans la vie,
la plupart des gens sont carriéristes.Ils veulent être avocats,
ingénieurs, pilotes, où je ne sais quoi.Tout gamin, je savais
que je deviendrais musicien de rock.J'ai pourtant essayé de me
lancer dans les études, mais rien à faire ! La musique revenait
toujours au galop.
Comment as-tu rejoint le crew de Manson ?
GF : J'ai eu un appel de leur road manager en 95, un peu avant
l'enregistrement de Smells like children.Il m'a expliqué que
Marilyn Manson voulait se séparer de son batteur, et il souhaitait
que je recontre le groupe.Il m'a envoyé un billet d'avion pour
Cincinnati, et j'ai passé une nuit avec eux dans le bus.Ils m'ont
adopté sans même que nous ayons joué ensemble.Tu sais,
le bouche à oreille est important dans le "music business".
Tu joues avec untel et untel, et tu forges ta réputation.Les
gars du groupe avaient eu un bon feedback me concernant :
"Ce mec joue grave, c'est ce genre de batteur que nous voulons".
Le road manager m'avait déjà vu jouer, et me gardait dans un
coin de sa tête.
Tu étais fan de M.M. ?
GF : J'aimais le groupe.Ils sont de Floride, tout comme moi.
J'allais les voir lorsqu'ils étaient encore un groupe local.
Je trouvais leurs shows délirants.Je ne pensais pas qu'un
jour, j'en ferais partie.
Parle-nous de ton employeur, et de ta relation
avec lui.
GF : Manson est un homme bon et surtout, très intelligent.
Je suis fier de travailler avec lui.Notre relation m'est chère.
Je le vois un peu comme une figure paternelle.Il sait que je
pars en vrille à la moindre occasion, alors il me protège.
D'un point de vue artistique, il sait ce qu'il veut, mais
lorsqu'il a tort, il a l'intelligence de l'admettre et de se remettre
en question.
As-tu lu son livre ?
GF : Bien entendu.Lorsqu'il l'écrivait, il me demandait
mon avis à chaque nouveau paragraphe.Cet ouvrage
relate parfaitement la vie du groupe lors de la tournée
avec Nine Inch Nails.
Est-ce que les passages te concernant relatent
la vérité ?
GF : Les passages où il écrit que je passais mon temps
à m'éclater avec des filles, alors que nous étions censés
bosser sur Antichrist Superstar ? Bien entendu, tout est
vrai ! Tu sais, les filles, ça a toujours été facile pour
moi.Il y en a toujours dans mon entourage.Certaines
personnes peuvent être choquées, mais prendre du bon
temps est important pour moi.J'aime la vie, je suis un
fêtard.La débauche me colle à la peau, c'est comme ça !
Et les passages explicites par rapport à la cocaïne ?
GF : Nous avions un vrai problème avec la drogue, je ne
le nie pas.Manson aborde le sujet avec beaucoup
d'honnêteté dans son livre.Il ne faut pas être choqué
par cela.Le plus important, c'est que nous ayons réussi
à faire un grand disque.
Quels sont les batteurs qui t'ont marqué ?
GF : Pour être honnête, je n'ai jamais vraiment fait attention
à ce que jouaient les batteurs.J'écoutais beaucoup de
disques, et pour moi, la musique, c'est avant tout une
question de plaisir.Je ne suis pas dans le trip ou j'aborde
la batterie sérieusement comme s'il s'agissait de faire
des études.Autrefois, j'aimais passer les disques de
Black Sabbath ou de Led Zeppelin.Aujourd'hui, je fais la
fête avec eux.Encore plus surréaliste : ce sont eux qui
viennent me trouver, parce qu'ils ont entendu parler de
moi et sont fans de mon groupe.
Il faut dire que tu possèdes un style bien reconnaissable.
GF : Je ne sais pas.Mon style est assez punk-rock, mais
je sais frapper avec beaucoup de précision.Je suis très
loin d'un type comme Neil Peart, qui est un maître de
technicité.Dans un groupe comme Marilyn Manson, le
feeling vient de l'énergie, et c'est moi qui la donne, en
frappant très fort.
Peu de batteurs de rock parviennent à jouer d'une façon
aussi vivante et spontanée que toi.Quelles sont, selon toi, les clefs pour y
parvenir ?
GF : A un certain stade de son évolution, un batteur
acquiert une précision maximum.Cela peut être très
chiant finalement.C'est à ce moment qu'il faut
apprendre à gérer cette précision, pour ne pas être
"tight" tout le temps.Il ne faut pas hésiter à moins
travailler pour obtenir ce "relâchement", car c'est
de lui que viennent l'émotion et le feeling.
Tu veux dire que tu as trouvé ton groove en devenant
feignant ?
GF : Un peu (rires).Mon style s'est aussi façonné à
cause de mes accidents.Quand je me suis blessé
au bras droit, j'avais du mal à le lever en l'air.
Du coup, j'ai placé mon charley de l'autre côté.
Ensuite, je me suis blessé à l'autre bras, ce qui m'a
obligé à jouer en décroisant, avec le charley au
centre de ma configuration.Après ma fracture de la
clavicule gauche, je ne pouvais plus lever le bras du
tout, et il fallait que je terminé la tournée.De ce fait,
j'ai développé une souplesse incroyable avec mon
poignet, et j'ai appris à faire mes roulements sur
les toms avec un seul bras.Cela m'a d'ailleurs
valu l'admiration de Matt Sorum (Guns n' roses).
En studio, mon approche est différente.Je dispose
chaque élément de façon à jouer en faisant le
minimum d'efforts.A vrai dire, je monte un kit précis
pour chaque chanson, en choisissant soigneusement
la caisse claire et les cymbales.En live, je suis
obligé d'avoir une machine de guerre, un vrai tank !
C'est tellement ridicule (rires) ! Personnellement,
je préférerais jouer sur une petite batterie.
Ta gestuelle est phénoménale.Y penses-tu consciemment
lorsque tu joues ?
GF : Là encore, c'est trop drôle ! Mes mouvements
amples ne sont en fait que des exercices de
stretching pour soulager mes muscles et mes nerfs.
Le hasard veut que cela produise un bel effet visuel,
et c'est tant mieux, puisque je me dois de faire le
show en plus de jouer.
Comment trouves-tu l'équilibre entre la musique
et l'entertainment ?
GF : Cet équilibre est déjà induit par le groupe lui-même.
Si les gars du public ne sont pas dans un bon trip il
faut que je fasse le fou, que je donne tout.Alors je monte
carrément sur ma batterie.J'ai une pédale spéciale qui
me permet de jouer ma grosse caisse debout.
J'aime péter les plombs pour ne pas m'ennuyer.Je vois
tellement de groupes qui ne se donnent pas sur scène.
Ils m'ennuient tellement.Réveillez-vous les gars !
C'est du rock'n'roll !
Et le rock'n'roll doit rester urgent.
GF : Exactement ! Je me dis toujours avant de monter
sur scèn, que je vais peut-être mourir le lendemain
matin, et que ce concert peut bien être le dernier.
C'est la philosophie de Marilyn Manson.Certaines
personnes qui sont là ce soir ont vu le groupe il y a
six ans.Notre devoir, c'est qu'ils repartent avec un bon
souvenir du show, qu'ils aient la banane.
Peux-tu me décrire ton kit ?
GF : Vu que je suis ambidextre, c'est un peu le bordel.
Je suis sponsorisé par Premier, Zildjian, Aquarian, Pro
Mark, DW et Gibraltar.La première grosse caisse
est une 20" surélevée, et disposée comme un tom.
C'est elle qui est équipée d'une pédale latérale pour
jouer debout.La batte frappe la peau du dessous,
et je peux la jouer au-dessus avec les baguettes.
L'autre grosse caisse est une 20" montée dans une
immense grosse caisse de 43" grâce à une
extension de pédale DW.Un tom basse de 16".
A Gauche j'ai un charley.En dessous, j'ai un autre
tom basse de 15".De l'autre côté, il y a encore un tom
basse de 14".Cette configuration facilite les roulements.
Au centre, j'ai une caisse claire de 14"x7".A ma droite,
il y a un charley fermé de 12", et un charley ouvert
de même dimension.Cela me permet de jouer en
double grosse caisse, tout en faisant des frioritures
de charley.J'ai une petite caisse claire de 10"x4,5"
que j'utilise pour certains breaks.A gauche, il y a une
piccolo 13"x3,5" Carbon Fiber Rocketshell pour
disposer d'un son différent.Pour les cymbales,
il y a deux crashes Zildjian Z de 19", une autre
crash de 20".Pour finir, il y a l'électronique : une MPC
4000 Akai, un module D Drum3, une table Mackie
16 pistes, et une configuration Tascam pour
déclencher mes boucles.J'ai même un vibreur
sous mon siège pour ressentir les infra-basses.
C'est une installation compliquée.Manson la fout
en l'air tous les soirs, ce qui met une pression
infernale à mon drum-tech.Le pauvre !